Tribune de Genève

Quand le lifting devient humanitaire

Solutions  Pierre Quinodoz est chirurgien esthétique spécialisé dans le lifting et la rhinoplastie. il s’occupe depuis des décennies de reconstruire des blessés en Afrique.

Rencontre:

Dr Pierre Quinodoz

Pierre Quinodoz, chirurgien esthétique, passe du lifting à Genève à la reconstruction de mutilés de guerre en Afrique avec la même passion.
Image: MAGALI GIRARDIN

Pierre Quinodoz se partage entre Meyrin et Cologny, où il vit et consulte dans une belle demeure. Cet affable quinquagénaire est chirurgien esthétique, spécialisé dans le lifting et la rhinoplastie. Si cela évoque un cliché, chassez-le vite. Car le même homme s’occupe depuis des décennies de reconstruire des blessés et d’opérer des mutilés en Afrique, où il se rend plusieurs semaines par an.

«Dans une guerre, soit vous mourez, soit vous avez besoin d’un chirurgien», résume-t-il. Or, en Afrique, la chirurgie demeure un luxe octroyé au compte-gouttes par quelques ONG. Pour y remédier, l’association 2nd Chance, que le Genevois a fondée il y a dix ans, développe la formation en chirurgie reconstructive afin de constituer une relève locale.

La passion humanitaire lui est venue dans la vingtaine. Au Brésil, alors étudiant, il croise la route du chirurgien esthétique Ivo Pitanguy: «Du lundi au jeudi, il recevait des stars, des princesses. Le vendredi, il opérait gratuitement des mutilés dans les favelas. J’ai compris que c’est ce que je voulais faire. Mais je ne l’ai pas dit, pour ne pas être vu comme un sous-chirurgien.» Un sous-chirurgien? «Quelqu’un qui n’a pas une vie entre les mains. En réalité, la chirurgie plastique est lourde et difficile. Et, sinon la vie physique, nous soignons la vie psychique des patients.»

Jeune diplômé, Pierre Quinodoz suit en Afrique une sœur franciscaine pour opérer, dans la région des Grands Lacs, des patients brûlés, mutilés ou infectés. «J’ai dû payer mes voyages. Quand je cherchais des sponsors, on me riait au nez.»

Un tournant s’opère en 1998, avec l’attentat de l’ambassade américaine de Nairobi. «La Suisse a formé une cellule pour la chirurgie réparatrice. Les besoins étaient énormes, avec un chirurgien pour 1 million d’habitants. Parfois sans aucun système de santé publique.»

Pendant dix ans, le Genevois, qui devient président de la Société suisse de chirurgie plastique, s’investit aux côtés du gouvernement lors de missions ponctuelles pour corriger des malformations congénitales, reconstruire des patients déformés par une tumeur, atteints de la lèpre ou du noma, réparer des blessures de guerre. «Ce n’est pas de la chirurgie de deuxième main. Quand j’opère en Afrique, cela m’apprend beaucoup et inversement. La délicatesse que je mets dans des liftings ici m’aide à reconstruire des visages mutilés.»

En 2010, l’activité privée s’élargit. Pierre Quinodoz réunit des amis, tous passionnés par l’Afrique: les médecins François Chappuis, Benjamin Gold, Marc Pechère, Antoine Geissbuhler et la chasseuse de têtes Caroline Miller. «Nous nous sommes rendu compte qu’il fallait enseigner sur place, afin d’être efficaces à long terme.» L’association 2nd Chance est née. Son but? Non seulement transmettre des techniques chirurgicales précises, mais aussi enseigner les impératifs de sécurité périopératoire, les soins postopératoires et la réhabilitation. Soutenue par les Fondations Edmond de Rothschild, elle travaille également avec les HUG, la Ville et le Canton.

Du matériel pédagogique est distribué, des cours sont organisés et des collègues africains, soutenus par des bourses, formés sur place et à distance. Depuis 2010, selon le chirurgien, l’association a aidé plus de 200 médecins africains à se former et plusieurs milliers de patients ont pu être opérés. En 2015, un partenariat a été établi avec le Collège des chirurgiens de l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs. En 2019, avec l’Ouest.

Créé: 22.01.2020, 09h25